Quarante ans sont passés…

 

Quarante ans sont passés et je chante encore

Quarante sont passés … je ne suis pas mort !

Quarante ans sont passés… tu m’écoutes encore

Quarante ans sont passés, nous déjouons le sort ! 

C’était juste avant-hier : nous étionsjeunes et beaux

La terre sous nos semelles, l’horizon plein d’oiseaux

Nous avions des enfants fragiles, purs comme le ciel

Nous vivions de l’instant juteux sous la treille

Quarante ans sont passés… quarante ans d’insomnies

A tenter d’réveiller le monde pour sa folie

Devant ces marchands avides, cyniques

Nous n’avions que notre petite foi de charbonnier lyrique

 

Et tu connais la suite : nous nous sommes un peu perdus :

Le travail, le repli, l’usure sous l’armure

On a vu s’estomper peu à peu notre lien

Bien trop occupés par nos tous petits riens

Aujourd’hui en éveil, nous sommes restés vivants

L’utopie sous la braise, l’ardeur dans les tisons

C’est l’étoile de Brel qui reste notre boussole

Tous ces mots-passerelle s’envolent de notre gorge !

 

Nos femmes sont nos gardiennes, elles cousent de silence

Le profond de nos rêves, voile de clairvoyance

Elles n’ont que notre ardeur pour graver leur histoire

Nous, nous avons leurs yeuxpour sonder le noir

Qu’importe le grand soir…il ne viendra plus !

Il est au laminoir des illusions perdues

Mais c’est bien mieux ainsi : on ne peut vivre d’un rêve

Que lorsqu’il est en ici, incarné, bien en chair

Ami, sœur, camarade peu, qu’importe où nous en sommes

Je t’offre cette aubade s’infiltrant sous ta porte

Ça fait quarante années que nous nous sommes perdus

Tu vois, je chante encore l’amour, l’absolu …

Quarante ans sont passés et je chante encore

Quarante sont passés, je ne suis pas mort

Quarante ans sont passés, tu m’écoutes encore

Quarante ans sont passés, nous déjouons le sort ! 

Morice Benin. Nouvelle chanson, juillet 2015

 

 

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