Nous rêvions d’un autre monde…

 

 

« … Je parle pour dans dix siècles, et j’prends date !… »(Léo Ferré).

Nous rêvions d’un autre monde…

Peut-être étions-nous naïfs, orgueilleux ou… tout simplement inadaptés ? Nous le voulions ce monde, léger, transparent, soumis à l’imprévu et à la joie. Mais à l’aune de la réalité d’aujourd’hui, notre échec parait cuisant, voire définitif!

Nous sommes à terre, sonnés mais… toujours vivants!
Nous avons vu peu à peu s’ériger toutes ces cathédrales ventripotentes, tous ces jeux d’images dévastateurs où la jeunesse se mire dans des modèles de perfections esthétiques, sportives, intelligentes, analytiques, mais toujours dépourvus de sensible, de faillible…

De toutes parts, on enfouit son cri, son désarroi, ses doutes. On tente de correspondre, on veut tenir sa place au grand banquet des nantis, son rôle dans la grande tragi-comédie sociale, on veut réussir nous aussi, quitte à s’oublier soi-même…

A trente ans -pour quelques-uns de ma génération-, nous avions l’énergie de refuser toutes ces valeurs que nous pressentions mortifères… Aujourd’hui, c’est différent : Nous avons comme épuisé notre stock de bouteilles à la mer. Surtout, nous ne nous prenons plus pour des sauveurs de monde lancés à corps perdu dans des combats impératifs mais parfaitement vains et déloyaux : En face, vous le savez certainement, ils possèdent toutes les ficelles, tous les moyens carnassiers pour parvenir à leurs fins. Ils investissent des fortunes : Compétition, boulimie de pouvoir, appât du gain, égocentrisme et sacro-sainte propriété privée : Valeurs érigées comme loi du Talion, avec cette unique perspective du progrès, parfaitement illimitée…

Nous, nous n’arrivions plus à tenir face à tous leurs rouleaux compresseurs : Pensez, les médias leur sont dévolus, les cités regorgent de leurs adeptes, même quand ils paraissent novateurs, voire alternatifs : Regardez comme l’écologie, au départ si dérangeante, semble être devenue un label soft, un produit de marketing : Ce sont des grands recycleurs de vide, des Attila de la communication! Nous avons observé impuissants leur inexorable ascencion au fil des quatre dernières décennies : Ils nous ont peu à peu cloués au pilori de leur dérision, faisant feu de tout bois pour arriver à nous ridiculiser…

Aujourd’hui, tout est possible, même le pire : Un nouveau monde balbutie, demande à naître… tandis que l’ancien se crispe dans son jusqu’auboutisme dévastateur. Pour l’heure, Goliath semble invincible. Mais il a comme talon d’Achille cette jeunesse-là : Ces ardents, ces doux impatients, ces insatiables, ces impétueux, ces slameurs, ces rappeurs, ces fous de chanson à texte, ces poètes rock and roll, ces acrobates imprudents, ces fans de papillons et de nature bafouée… Leur discernement, leur enthousiasme sont leurs seuls armes, aussi puissants que leurs éclats de rire!

C’est aussi pour eux que je chante encore aujourd’hui…

Morice Benin, avril 2015.

 

 

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