L’évènement du 7 janvier

Sans bien réfléchir, le texte suivant a été écrit hier, dimanche 11 janvier, alors que tant de manifestions au « record absolu » battaient leur plein. Je vous le livre, pour apporter ma petite goutte d’eau de colibri dans l’incendie.  Sans me prendre pour un « grand penseur », juste pour que circule cette émotion qui nous étreint pour beaucoup. Que l’année qui s’ouvre avec (perte et) fracas nous soit de lucidité, de discernement et de fraternité,   MB.

L’évènement du 7 janvier

Voilà : violemment, nous sommes endeuillés d’une part de nous-même… de ce petit être innocent qui imaginait le monde à son image : candide et résolument confiant.

Désormais, nous ne pourrons plus nous appuyer sur une idée d’humanisme radieux, tolérant, pluriculturel, acceptant l’autre et sa différence : Vieux rêve soixante-huitard bien malmené…

L’évènement du 7 janvier nous ramène à cette brutale évidence : Il y a trop de loups dans labergerie du monde !… Mais s’agit-il d’augmenter de façon drastique le nombre de chiens de garde, armés jusqu’aux dents avec leurs stratégies de surveillance et de répression sophistiquées, aux ordres de quelques bergers froids, habitant les beaux quartiers privilégiés?
Ne pourrait-on pas plutôt nous attaquer à la racine du mal : l’école de fabrique de loups

Tirer le fil nous liant à  ces enfants mal grandis, abandonnés à leur survie quotidienne au creux de ces familles en rupture d’identité comme on dit chez les sociologues. Cette tentation qu’ils ont d’exister enfin, de donner sens à leur vie, grâce à la haine divine exacerbée par quelques fous de Dieu, assurés de leur place au paradis. Plongeons dans la matrice même de l’obscurantisme entretenant les choux gras des extrémistes… Dans la solitude carnassière des cités et de ce déni quotidien des ghettos que nous tolérons : d’un côté le luxe froid et mortifère des quartiers chics, de l’autre le lugubre et la démerde généralisée des cités de banlieue livrées à elles-mêmes… Clivage entretenu par les nantis et quelques cyniques décideurs.

« Tous unis, n’ayons pas peur, tous Charlie ! » : Attention à l’hypocrisie contenue dans cet appel plein de bons sentiments !
Nous sommes endeuillés de l’enfant en nous… Observons quelques instants de recueillement, mais ne sombrons pas dans le ridicule d’une illusion de masse !

Allons chercher la réponse en nous-même, dans l’intimité de notre conscience devenue collective. Socialement, profitons de ce crime atroce pour en dénoncer d’autres, normalisés, moins françaismais qui perdurent depuis trop longtemps (j’ai même l’intuition que cette attitude plairait à des humoristes comme Cabu): Réfugiés palestiniens, syriens, femmes soumises à l’esclavage, génocides lointains et trop vieux pour faire la une du 20 heures (Mali, Tchétchénie, Birmanie, Soudan, Tibet…). Sans parler de ce qui pend au bout du nez de nos enfants : notre sympathiqueréchauffement climatique, vécu comme une fatalité mondialisée et qui n’en est pas moins meurtrier, potentiellement parlant…

Il y a, de par le monde, quelques évènements intolérables où ils sont bien plus que dix-sept à y laisser leurs vies…

En un mot : L’élan de solidarité voué à Charlieélargissons-le, servons-nous en pour dénoncerl’ignoble quel que soit son appartenance, sa nature, sa nation, son effigie… et reconnaissons-nous dans cette quête de vérité qui nous rassemble.

 

Morice Benin, écrit le 11 janvier 2015.

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